Comment trouver un nom d'entreprise : la méthode
Une méthode étape par étape pour nommer une entreprise : brief, type de nom, 50 candidats, tests de prononciation et d'orthographe, vérification INPI.
La plupart des séances de naming échouent de la même façon. Quelqu’un ouvre un document, tape « idées de noms » en haut, tout le monde crie des mots pendant quarante minutes, et trois semaines plus tard la société n’a toujours pas de nom. Le problème n’est pas un manque de créativité. C’est qu’on produit et qu’on juge en même temps, avec les mêmes personnes, sans avoir défini à quoi ressemble une bonne réponse.
Voici une méthode qui sépare ces deux métiers et qui se termine par un nom que vous pouvez déposer.
Étape 1 : écrire un brief d’une page avant de générer quoi que ce soit
On ne peut pas juger un nom sans savoir ce qu’il doit faire. Notez cinq choses :
- Ce que vous vendez, en six mots. Pas la raison d’être. La chose que le client paie.
- Qui prononce le nom à voix haute. Les clients entre eux ? Une personne qui décroche le téléphone ? Uniquement un moteur de recherche ? C’est ce qui décide de l’importance de l’orthographe.
- Où le nom vit. Un .com ou un .fr, une icône d’application, une portière de camionnette, une étiquette de rayon, une carte de visite. Chacun impose un plafond de longueur.
- Ce à quoi il ne doit pas ressembler. Listez vos trois concurrents les plus proches. Votre nom ne doit pas être la quatrième variation de la même idée.
- Marchés et langues. Si vous comptez vendre en Allemagne, en Espagne ou au Maghreb, dites-le maintenant, pas après avoir imprimé l’enseigne.
Cette page sera votre grille de notation plus tard. Sans elle, « j’aime bien » est le seul critère, et c’est la personne la plus insistante qui gagne.
Étape 2 : décider quel type de nom vous voulez
Les types de noms ne relèvent pas du goût. Ils ont des coûts mesurables et des forces juridiques différentes. Le cabinet de naming Igor, dont le guide reste la référence praticienne la plus citée du métier, range les noms en catégories.
| Type | Exemples | Force | Coût |
|---|---|---|---|
| Fonctionnel ou descriptif | Comptoir des Cotonniers, Bureau Vallée, Direct Énergie | S’explique instantanément | Marque faible, facile à copier, oubliable |
| Inventé à partir de racines grecques ou latines | Agilent, Novartis, Criteo | Dépôt propre, domaine facile | « Émotionnellement vide » sans gros budget publicitaire |
| Inventé et poétique | Google, Kleenex, Oreo, Deezer | Mémorable, agréable à dire, marque solide | Plus difficile à faire accepter en interne |
| Expérientiel | Explorer, Navigator, Safari | Intuitif, colle au vécu de l’utilisateur | Surexploité, encombré, difficile à déposer |
| Évocateur | Apple, Virgin, Yahoo, Aigle | Différenciation maximale, marque plus grande que le produit | Le plus facile à rater si le positionnement est flou |
Le constat d’Igor sur les noms d’entreprise descriptifs mérite d’être répété : un nom descriptif n’a qu’une seule tâche, expliquer ce que vous faites, et cela « taxe inutilement un budget marketing et publicitaire ». Les noms descriptifs fonctionnent très bien pour des produits à l’intérieur d’une marque établie (Microsoft Word, Apple Notes). Ils fonctionnent mal comme nom d’entreprise.
C’est dans la catégorie « inventé et poétique » que vivent les mots-valises. Ubisoft vient d’ubiquité et de software. Doctolib vient de docteur et de liberté. Ouigo soude oui et go. Groupon est group plus coupon. Verizon est le latin veritas plus horizon. Si vous voulez un nom agréable à dire et propre à déposer, c’est cette catégorie qu’il faut viser.
Étape 3 : produire 50 candidats, sans en juger aucun
Cinquante, parce que les dix premiers sont toujours les évidents et que les bonnes idées se trouvent en général entre le vingtième et le quarantième. Utilisez plusieurs techniques, pour que la liste ne soit pas cinquante versions d’une seule idée.
Les paires de mots. Listez 15 mots sur ce que vous faites, 15 sur l’effet ressenti, et 15 issus d’un univers sans rapport que vous aimez (la voile, la géologie, la boulangerie, les vieilles cartes). Croisez les colonnes.
Les mots-valises. Prenez deux de ces mots et soudez-les. Début du mot un plus fin du mot deux, c’est le schéma derrière courriel, alicament et Frappuccino. Notre générateur de mots-valises exécute la version linguistique de l’opération, et le générateur de noms d’entreprise ajoute par-dessus des filtres de longueur et de prononçabilité orientés marque.
Les composés tronqués. Coupez les deux mots court et joignez-les : Microsoft (microcomputer, software), Netflix (net, flicks), Vélib’ (vélo, liberté), Velcro (velours, crochet). Ce schéma produit plus de noms de marque utilisables que la fusion stricte, parce que les morceaux restent reconnaissables.
Les suffixes productifs. Ajoutez -ly, -ify, -io, -ia, -eo à une racine : Shopify, Calendly, Criteo. Bon marché, et désormais très répandu, donc insuffisant à lui seul pour vous différencier.
Les mots réels, employés arbitrairement. Apple pour des ordinateurs. Aigle pour des bottes. Juridiquement la catégorie la plus solide après les mots inventés, et gratuite à produire : ouvrez un livre, prenez les substantifs.
Si vous voulez élargir l’entrée plutôt que la sortie, le mélangeur de mots vous enverra des combinaisons plus vite qu’un tableau blanc.
Étape 4 : passer de 50 à 5 avec trois tests
Changez de mode. Juger est une autre activité, et elle vient après la production, pas pendant.
Le test de prononciation. Écrivez chaque nom sur une carte et donnez-la à cinq personnes qui ne l’ont jamais vu. Demandez-leur de le lire à voix haute. Seuil de réussite : au moins quatre sur cinq le prononcent pareil. Un nom qui produit deux prononciations est un nom sur lequel vos clients se disputeront pour toujours.
Le test d’orthographe, dit test de la radio. Dites le nom à voix haute à cinq personnes et demandez-leur de le taper comme une adresse web. La règle empirique du métier est simple : si trois des cinq se trompent, revoyez votre copie. C’est là que meurent les orthographes malignes. Les substitutions phonétiques cohérentes survivent (Qonto pour compte, Mirakl pour miracle). Les arbitraires, non. En français, méfiez-vous particulièrement des accents : un é dans un nom de marque se perd dans une adresse web, une adresse mail tapée à la volée et un moteur de recherche.
Le test de recherche. Tapez le nom entre guillemets dans Google. Si la première page est pleine d’autres entreprises, d’une personnalité ou d’une maladie, vous passerez des années à vous battre pour votre propre nom. Cherchez-le ensuite sur les boutiques d’applications si vous construisez une application.
Deux filtres supplémentaires méritent d’être appliqués à ce stade :
- La longueur. Une analyse de plus de 400 marques parmi les meilleures ventes donne une moyenne de 10 caractères et une médiane de 9. Les 100 premiers sites du monde ont un nom de domaine de 6 caractères en moyenne. Environ 29 % des grandes marques font exactement deux syllabes. Visez 5 à 10 caractères et 2 à 3 syllabes, et traitez tout ce qui dépasse 12 caractères comme un avertissement.
- Le sens dans d’autres langues. Mitsubishi a rebaptisé le Pajero en Montero pour les marchés hispanophones parce que pajero est une insulte vulgaire en espagnol. Ford a rebaptisé la Pinto en Corcel au Brésil pour la même raison. Si votre brief liste des marchés, faites réagir un locuteur natif par marché sur la liste courte. Dix minutes, et c’est l’assurance la moins chère que vous achèterez jamais.
Étape 5 : vérifier la disponibilité avant de tomber amoureux
Faites-le sur les cinq finalistes, pas seulement sur votre préféré, parce qu’au moins deux échoueront.
| Vérification | Où | Ce que « libre » veut dire |
|---|---|---|
| Marque, France | Base marques de l’INPI, recherche à l’identique gratuite | Aucune marque vivante proche dans vos classes |
| Marque, Europe et monde | EUIPO et TMview, base mondiale de l’OMPI | Idem, marché par marché |
| Dénomination sociale | Registre national des entreprises via le guichet unique, Infogreffe, annuaire des entreprises | Dénomination non prise dans votre activité |
| Nom de domaine | N’importe quel bureau d’enregistrement, ou notre générateur de noms de domaine | La correspondance exacte, idéalement en .com et en .fr |
| Pseudos sociaux | Instagram, X, TikTok, LinkedIn, YouTube, à la main | Le même identifiant sur ceux que vous utiliserez |
| Recherche simple | Google, boutiques d’applications, GitHub | Aucune collision gênante en première page |
Un mot sur la force juridique, parce qu’elle interagit avec tout ce qui précède. Le droit français exige qu’une marque soit distinctive : l’article L711-2 du code de la propriété intellectuelle refuse les signes qui désignent simplement l’espèce, la qualité ou la destination du produit. Le droit américain classe les noms sur un axe équivalent, du générique (jamais enregistrable) au descriptif, puis suggestif, arbitraire et fantaisiste. Une fusion de deux mots descriptifs atterrit en général dans le suggestif, parfois dans le fantaisiste quand le résultat se lit comme un mot inventé. D’où cette règle amusante : plus votre mot-valise cache ses ingrédients, plus il est solide comme marque, et plus vous devrez travailler à l’expliquer.
Rien de tout cela ne constitue une vérification juridique. Une vraie recherche d’antériorité se fait classe par classe et pays par pays, et elle inclut les similarités, pas seulement l’identique. Avant de dépenser en enseigne et en packaging, payez une heure de conseil en propriété industrielle.
Étape 6 : décider, puis s’arrêter
Mettez les noms survivants devant les gens qui devront vivre avec. Posez une seule question : lequel pouvez-vous dire à un inconnu dans un salon professionnel sans avoir à l’expliquer ? Puis choisissez, réservez le domaine et les pseudos le jour même, et arrêtez de chercher.
L’échec le plus courant à ce stade consiste à rouvrir la recherche parce que quelqu’un trouve le nom « bizarre ». Tous les noms sont bizarres pendant trois semaines environ. Google, Kodak et Xerox l’étaient. Le test n’est pas de savoir si le nom semble familier, mais s’il a passé les tests de prononciation, d’orthographe et de recherche, et s’il est libre dans vos classes.
Un exemple complet
Imaginons un service de livraison de courses. Le brief dit : prononcé à voix haute en permanence, .fr et .com exigés, France et Belgique.
Les listes de mots donnent frais et marché. La fusion directe produit Fraiché, court et de deux syllabes. En tronquant le second mot, on obtient Fraimar, qui se lit instantanément. En inversant l’ordre, on obtient Marfrais. Une coupe plus agressive donne Frarché, qui échoue au test de prononciation à cause du groupe de consonnes.
Liste courte : Fraiché, Fraimar, Marfrais, plus deux candidats sans rapport. Le test de prononciation n’élimine personne. Le test d’orthographe tue Fraiché, parce que la moitié du groupe écrit Fraichet ou Frèché et que l’accent disparaît dans le nom de domaine. La recherche INPI tue Marfrais, trop proche d’une marque vivante en classe 35. Vous retenez Fraimar, vous le déposez, et vous retournez travailler.
Toute cette boucle prend une semaine, pas un trimestre, parce que c’est le brief qui a mené la discussion à votre place. Si vous voulez une première pile de candidats pour votre propre liste de mots, le générateur de noms de marque les produira en volume, et vous pourrez amener la liste courte directement à l’étape 4.